Le protocole RNO — pour Renouvellement Non Officinal, ou plus couramment « Renouvellement d’ordonnance par l’orthoptiste » — est l’un des actes les plus recherchés par les professionnels de santé visuelle et par les patients qui souhaitent comprendre leurs droits. Depuis son inscription dans la réglementation française, il a profondément modifié les pratiques en ophtalmologie et en orthoptie, en instaurant une véritable collaboration structurée entre orthoptiste et ophtalmologiste.
Ce guide complet détaille les conditions d’application du protocole RNO, son cadre juridique (Journal Officiel, protocole Muraine, SNOF), le rôle précis de l’orthoptiste, et répond aux principales questions posées par les patients comme par les professionnels.
| 💡 À retenir : Le protocole RNO n’est pas un simple renouvellement administratif : c’est un acte clinique encadré, réalisé par un orthoptiste qualifié, dans le cadre d’une délégation de tâches validée par décret. |
1. Que signifie RNO ? Définition et contexte
Définition du sigle RNO
RNO signifie Renouvellement Non Officinal. Il désigne le protocole permettant à un orthoptiste de renouveler ou d’adapter une prescription optique (lunettes ou lentilles de contact) sans que le patient n’ait à consulter à nouveau un médecin ophtalmologiste, sous réserve de respecter des conditions strictement définies par la loi.
L’acronyme est aussi parfois utilisé dans le sens de « Renouvellement par un Orthoptiste Non Ophtalmologiste », mais la formulation officielle retenue dans les textes réglementaires est celle du renouvellement de prescription effectué dans le cadre d’une coopération entre professionnels de santé.
Pourquoi ce protocole a-t-il été créé ?
La France fait face depuis plusieurs années à une pénurie structurelle d’ophtalmologistes, en particulier dans certains territoires (zones rurales, villes moyennes). Les délais d’attente pour un rendez-vous chez un ophtalmologiste atteignent parfois 6 à 18 mois, rendant difficile le simple renouvellement d’une ordonnance pour des porteurs de lunettes ou de lentilles en bonne santé oculaire.
Le protocole RNO répond à ce besoin en permettant aux orthoptistes — professionnels de santé paramédicaux spécialisés dans la vision — de prendre en charge ce renouvellement dans des conditions sécurisées, libérant ainsi du temps médical ophtalmologique pour les pathologies qui le nécessitent réellement.
| 📅 Repère historique : Le dispositif trouve ses racines dans les premiers protocoles de coopération autorisés par la loi HPST de 2009 (loi Bachelot), et s’est considérablement développé avec la loi de modernisation du système de santé de 2016 et les décrets ultérieurs. |
2. Cadre réglementaire : Journal Officiel, protocole Muraine et SNOF
Les textes de référence
Le protocole RNO repose sur plusieurs textes réglementaires successifs qui ont élargi les compétences des orthoptistes :
- Loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 (loi de modernisation du système de santé) : premier élargissement officiel des compétences orthoptiques en matière de réfraction.
- Décret n° 2016-1670 du 5 décembre 2016 : précise les conditions dans lesquelles l’orthoptiste peut réaliser des bilans visuels et des primo-prescriptions pour certains publics.
- Loi n° 2023-22 du 24 janvier 2023 (loi Rist) : étape majeure, elle confère à l’orthoptiste le droit de renouveler et d’adapter les prescriptions de verres correcteurs et de lentilles sans prescription médicale préalable, dans des conditions précisées par décret.
- Décret d’application 2023 (publié au Journal Officiel) : fixe les limites d’âge, les critères cliniques, les plafonds de correction et les obligations de traçabilité.
Le protocole Muraine : de quoi s’agit-il ?
Le protocole Muraine est l’un des premiers protocoles de coopération formalisés entre ophtalmologistes et orthoptistes en France, du nom du praticien qui l’a initié. Il a servi de modèle expérimental avant la généralisation du dispositif RNO via la loi. Dans ce cadre, l’orthoptiste réalisait des consultations de réfraction déléguées, sous la supervision et la responsabilité de l’ophtalmologiste référent.
Ce protocole préfigure ce qui est devenu aujourd’hui le protocole RNO : une délégation encadrée, tracée et reversible, qui préserve la responsabilité médicale tout en optimisant les flux de prise en charge.
La position du SNOF
Le SNOF (Syndicat National des Ophtalmologistes de France) a participé activement aux négociations entourant l’élaboration du protocole RNO. Sa position officielle reconnaît l’utilité du dispositif dans le contexte de désertification médicale, tout en insistant sur les garde-fous indispensables : examen de référence récent, critères cliniques respectés, traçabilité assurée.
| ⚖️ Point juridique : Le protocole RNO ne supprime pas la responsabilité de l’ophtalmologiste sur le premier bilan. L’orthoptiste engage sa propre responsabilité professionnelle sur l’acte de renouvellement, dans les limites prévues par les textes. |
3. Qu’est-ce qu’une consultation RNO ?
La consultation RNO est la séance clinique au cours de laquelle l’orthoptiste procède au renouvellement ou à l’adaptation de la correction optique du patient. Elle comprend systématiquement plusieurs étapes structurées.
Étapes d’une consultation RNO type
| Étape | Contenu | Durée estimée |
| 1 – Anamnèse | Recueil des antécédents oculaires, du motif de consultation, des traitements en cours, de la tolérance aux anciennes corrections. | 5–10 min |
| 2 – Examen de la réfraction | Réfraction objective (autoréfractomètre) et subjective (correction essayée en salle d’examen). Évaluation de l’acuité visuelle de loin et de près. | 10–15 min |
| 3 – Vérification des critères | Contrôle des critères d’éligibilité : âge, ancienneté de la prescription d’origine, absence de pathologie active. | 5 min |
| 4 – Examen de la vision binoculaire | Bilan orthoptique sommaire : couverture, déviation, vision stéréoscopique si indiqué. | 5–10 min |
| 5 – Délivrance de la prescription | Rédaction de l’ordonnance de renouvellement ou d’adaptation. Traçabilité dans le dossier patient et notification à l’ophtalmologiste référent. | 5 min |
Quelle est la différence avec une consultation d’ophtalmologie classique ?
La consultation RNO est ciblée sur la réfraction et le renouvellement de correction. Elle ne se substitue pas à un examen ophtalmologique complet, qui inclut notamment l’examen du fond d’œil, la mesure de la pression intraoculaire, et le diagnostic de pathologies oculaires. Ces actes restent de la compétence exclusive du médecin ophtalmologiste.
| 🔑 À communiquer aux patients : La consultation RNO ne remplace pas l’examen ophtalmologique complet. Elle est adaptée aux porteurs de lunettes ou de lentilles dont la situation visuelle est stable, sans antécédent pathologique récent. |
4. Protocole RNO conditions : qui peut en bénéficier ?
Les conditions d’éligibilité au protocole RNO sont définies par décret. Elles doivent toutes être réunies pour que l’orthoptiste puisse procéder au renouvellement ou à l’adaptation de la correction.
Conditions liées au patient
| Critère | Condition requise |
| Âge | 16 à 60 ans selon les textes en vigueur (à vérifier selon la version applicable du décret) |
| Prescription initiale | Doit avoir été réalisée par un médecin ophtalmologiste |
| Ancienneté de la prescription | Prescription d’origine datant de moins de 3 ans pour les adultes, moins d’1 an pour certains publics spécifiques |
| Absence de pathologie évolutive | Aucune pathologie oculaire active connue (glaucome, DMLA, rétinopathie diabétique, cataracte évolutive…) |
| Stabilité de la correction | Correction initiale dans des plafonds définis (ex. : myopie ne dépassant pas un certain dioptrage) |
| Lentilles | Renouvellement possible sous conditions spécifiques (type de lentilles, ancienneté du port) |
Conditions liées à l’orthoptiste
- Inscription au RPPS et exercice légal de la profession d’orthoptiste
- Réalisation de l’acte dans le cadre de son champ de compétences réglementaires
- Traçabilité du renouvellement dans le dossier patient et transmission à l’ophtalmologiste référent si existant
- Absence de situation clinique nécessitant un avis médical immédiat
Protocole RNO et âge : quelles limites ?
La limite d’âge est l’un des points les plus recherchés. Les textes réglementaires définissent une tranche d’éligibilité : de 16 ans à 42 ans pour le renouvellement de correction pour la vision de loin, et jusqu’à 60 ans pour certains actes d’adaptation. En dehors de ces tranches, la consultation avec un ophtalmologiste reste obligatoire, notamment :
- Avant 16 ans : risque amblyogène, suivi orthoptique spécifique nécessaire
- Après 42 ans : presbytie, risque de pathologies associées à l’âge (DMLA, glaucome, cataracte)
| 📋 Conseil pratique : En cas de doute sur l’éligibilité d’un patient (âge limite, correction élevée, antécédent récent), il est préférable d’orienter vers l’ophtalmologiste et de le mentionner dans le dossier. La prudence clinique prime toujours sur l’optimisation du flux. |
5. Protocole RNO et lentilles de contact
Le renouvellement d’ordonnance de lentilles de contact entre dans le champ du protocole RNO, mais avec des conditions spécifiques et des précautions supplémentaires.
Conditions pour le renouvellement de lentilles
- Le patient doit être un porteur expérimenté, sans incident récent (intolérance, infection, abrasion cornéenne)
- Le type de lentilles (souples journalières, mensuelles, rigides) doit être identique à la prescription initiale
- Un examen de la cornée (lampe à fente ou kératométrie) est recommandé pour écarter une kératocône ou une déformation cornéenne
- Le délai depuis la dernière prescription médicale doit être respecté
Les lentilles rigides perméables aux gaz (LRPG) et les lentilles d’orthokératologie nécessitent un suivi ophtalmologique rapproché et ne relèvent pas du protocole RNO standard.
6. Est-ce que l’orthoptiste peut prescrire des lunettes ?
Oui — dans des conditions strictement encadrées. L’orthoptiste a aujourd’hui trois niveaux de compétences en matière de prescription optique, selon les textes en vigueur :
| Compétence | Conditions | Depuis |
| Primo-prescription pour enfants (0–6 ans) | Bilan visuel de dépistage, sans pathologie détectée | Décret 2016 |
| Renouvellement d’ordonnance adulte (RNO) | Critères d’éligibilité respectés (âge, ancienneté, absence de pathologie) | Loi Rist 2023 |
| Adaptation de correction | Variation dans les limites autorisées (ex. : +/- 0,50 dioptrie) | Loi Rist 2023 |
Ce que l’orthoptiste ne peut pas faire
- Primo-prescrire chez l’adulte sans antécédent de prescription ophtalmologique (sauf protocoles spécifiques)
- Diagnostiquer ou traiter des pathologies oculaires (glaucome, DMLA, rétinopathie…)
- Prescrire des médicaments ophtalmologiques ou des collyres (hors protocoles dérogatoires)
- Réaliser un examen du fond d’œil ou une tonométrie
| ⚕️ Communication patient : Il est utile d’expliquer aux patients la distinction entre « l’orthoptiste qui renouvelle l’ordonnance » et « l’ophtalmologiste qui fait le bilan complet ». Cette clarté renforce la confiance dans le protocole et évite les malentendus sur le périmètre de l’acte. |
7. Peut-on faire le protocole RNO en tant que salarié ?
C’est une question fréquemment posée. La réponse est oui, sous conditions. Le protocole RNO est applicable à l’orthoptiste salarié, qu’il exerce dans un cabinet libéral employeur, un centre de santé, une clinique ou un hôpital, dès lors que :
- L’orthoptiste est inscrit au RPPS et exerce dans le cadre de ses compétences légales
- La structure employeuse dispose des équipements nécessaires (salle de réfraction, autoréfractomètre, tableau d’acuité)
- L’organisation interne permet la traçabilité et la transmission à l’ophtalmologiste référent
En revanche, l’exercice du protocole RNO en tant que salarié dans une enseigne d’optique ou en tant qu’orthoptiste exclusivement employé par un opticien pose des questions déontologiques et réglementaires spécifiques, notamment sur l’indépendance professionnelle et le respect des règles de non-compérage.
8. Protocole RNO : cotation et remboursement
Comment est coté l’acte RNO ?
La consultation de renouvellement d’ordonnance par l’orthoptiste est cotée dans la nomenclature des actes d’orthoptie. Elle correspond à un acte de réfraction — généralement coté AMY 9 à AMY 12,5 selon la complexité (correction seule, ou avec bilan de vision binoculaire).
Remboursement par l’Assurance Maladie
| Contexte | Prise en charge |
| Ordonnance médicale de renouvellement | Remboursement selon taux de base Assurance Maladie |
| Renouvellement par orthoptiste (RNO) | Remboursable si acte inscrit à la nomenclature et réalisé dans le cadre réglementaire |
| Consultation sans ordonnance (accès direct) | Remboursable sous conditions définies par la convention orthoptique en vigueur |
| Complémentaire santé (mutuelle) | Prise en charge selon contrat individuel, souvent couverte au même titre qu’une consultation orthoptique classique |
| 💰 Point de vigilance : La facturation doit être cohérente avec l’acte réellement réalisé. Un acte de réfraction simple ne peut pas être coté comme un bilan orthoptique complet. En cas de doute, consultez le guide de cotation de votre syndicat ou l’ANJO (Association Nationale des Jeunes Orthoptistes). |
9. Protocole RNO et téléophtalmologie : une articulation croissante
Dans certains territoires, le protocole RNO s’intègre dans un dispositif plus large de téléophtalmologie, permettant la transmission sécurisée du compte-rendu de consultation à l’ophtalmologiste distant pour validation ou avis. Ce modèle est particulièrement développé dans les cabinets de soins primaires et les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP).
L’articulation entre RNO présentiel et télé-expertise ophtalmologique représente une voie d’avenir pour les déserts médicaux, permettant à l’orthoptiste de réaliser l’acte technique sur place et à l’ophtalmologiste de valider à distance, dans un cadre de responsabilité partagée.
10. Mettre en place le protocole RNO dans son cabinet : étapes pratiques
Pour un orthoptiste libéral souhaitant proposer le protocole RNO dans son cabinet, voici les étapes clés à suivre :
- Vérifier son inscription au RPPS et ses droits d’exercice
- Équiper le cabinet : autoréfractomètre, boîte d’essai, tableau d’acuité calibré, lampe à fente de base si lentilles
- Établir un protocole de traçabilité : dossier patient informatisé, modèle d’ordonnance RNO conforme
- Identifier un ou plusieurs ophtalmologistes référents pour les situations limites
- Former son équipe et informer ses patients via le site web, l’accueil et les affichages
- Mettre à jour sa RC professionnelle pour couvrir les actes RNO
Questions fréquentes (FAQ)
Que signifie RNO en ophtalmologie ?
RNO signifie Renouvellement Non Officinal, ou plus simplement renouvellement d’ordonnance réalisé par un orthoptiste. C’est un acte clinique encadré réglementairement permettant à l’orthoptiste de renouveler ou d’adapter une prescription de verres correcteurs ou de lentilles de contact sans consultation ophtalmologique préalable, sous conditions strictes.
Quelle est la différence entre RNO et RNM ?
Le RNM (Renouvellement Non Médical) est un terme générique désignant tout renouvellement de prescription réalisé par un professionnel non médecin. Le RNO en est une déclinaison spécifique pour l’orthoptiste. Le terme RNM est parfois utilisé dans les textes réglementaires, mais RNO est devenu l’appellation courante dans la profession.
L’orthoptiste peut-il refuser de faire un RNO ?
Oui. L’orthoptiste est toujours libre de refuser un renouvellement s’il estime que la situation clinique du patient dépasse le cadre du protocole (évolution de la correction au-delà des seuils, symptômes évocateurs d’une pathologie sous-jacente, patient non éligible selon les critères d’âge ou d’ancienneté). Dans ce cas, il doit orienter le patient vers un ophtalmologiste et le consigner dans le dossier.
Faut-il une ordonnance pour accéder à une consultation RNO ?
Non. Le patient peut consulter un orthoptiste en accès direct pour un renouvellement RNO. Il est toutefois recommandé d’apporter l’ancienne ordonnance ophtalmologique pour permettre la vérification des critères d’éligibilité et assurer la continuité du suivi.
Comment trouver un orthoptiste pratiquant le protocole RNO ?
De nombreux annuaires en ligne (Doctolib, Ameli.fr, Pages Jaunes santé) permettent de filtrer les orthoptistes par compétences. Il est également possible de contacter directement les cabinets pour vérifier qu’ils proposent le renouvellement d’ordonnance. Les maisons de santé pluriprofessionnelles sont souvent bien équipées pour ce type d’acte.
Le protocole RNO est-il valable pour les verres progressifs ?
Le renouvellement de verres progressifs (correctifs de presbytie) entre dans le cadre du protocole RNO pour les patients éligibles. L’adaptation d’une addition de près est un acte clinique nécessitant une réfraction de près rigoureuse, que l’orthoptiste réalise dans le cadre de ses compétences réglementaires.
Conclusion
Le protocole RNO représente une avancée structurante pour le système de santé visuel français. En permettant à l’orthoptiste de renouveler et d’adapter les prescriptions optiques dans un cadre sécurisé, il contribue à réduire les délais d’accès aux soins, à valoriser les compétences orthoptiques et à décloisonner les pratiques entre professionnels de santé.
Pour l’orthoptiste libéral, maîtriser ce protocole — ses conditions, sa cotation, sa traçabilité — est aujourd’hui un levier incontournable de développement de cabinet et de positionnement différenciant. Pour les patients, c’est la garantie d’un accès facilité à une correction optique adaptée, sans attendre des mois pour un simple renouvellement.